22.11.2010

Le président du parti du travail est-il porté disparu ?

Lettre ouverte à la gauche populaire

A ceux qui ont lu l'article de la Tribune de Genève "Le parti du travail genevois implose, l'affaire dérape sur une plainte pénale"

Résumé de cet article sur http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/11984893

 

La Tribune de Genève a sorti le scoop de l’année : le président du parti du travail ne répond pas au téléphone. La Tribune dispose d’un informateur au PdT qui n’a rien trouvé de mieux à dévoiler. Le plus tragique c’est que des anciens dirigeants du PdT se prêtent à cette provocation qui discrédite notre parti. Ce qui a disparu dans cette affaire, c’est la vérité et la dignité.

Quelle est la vérité ? Le congrès du 18 septembre a été annulé et déplacé sur recommandation du président national du Parti Suisse du Travail. Pourquoi ? Une première provocation cet été, dirigée par un « enfonceur de porte », a vu disparaître des locaux du Vieux-Billard la caisse du parti, une photocopieuse et deux ordinateurs contenant les données confidentielles des membres. D’où la plainte pénale déposée en juillet dernier. Deux mois avant le congrès ordinaire, n’y avait-il pas mieux à faire ? Par exemple, élire les délégués du congrès, faire des résolutions, bref, tout ce qu’on connaît dans la démocratie politique.

Voilà l’origine du retour de Jean Spielmann, huit ans après une fin de mandat difficile de sa présidence cantonale lorsque les jeunesses progressistes avaient quitté le parti. L’histoire se répète en partie. D’une part, c’est la volonté de renouvellement et de rajeunissement de la militance et des instances du PdT qui ont provoqué de sérieuses divergences. Le comité directeur a rappelé que toute situation interne, quelle que soit sa gravité, ne pouvait se démêler qu’avec le respect des statuts, si toutefois le but était de sortir renforcé et uni suite à la résolution de telles divergences.

D’autre part, la base militante du PdT s’est prononcé pour poursuivre l’expérience d’A gauche toute lors des élections municipales. Ce sera le cas effectivement à Meyrin, Vernier, Carouge et nous espérons aussi que dans d’autres communes des listes AGT voient le jour pour que nous portions toute notre énergie à défoncer les inégalités sociales qui se développent dans les quartiers populaires. Le parti du travail a besoin de se refonder sur de nouvelles bases, car pour porter les valeurs de gauche il faut cesser de s’accrocher à des méthodes archaïques et à de vieilles gloires.

Le défi des prochaines années : reconstruire le parti du travail à partir d’une réalité sociale de plus en plus précaire depuis les communes, qui subissent un transfert des charges et qui voient leurs recettes financières attaqués sans répit par les forces de droite. Le parti du travail doit se concentrer à rassembler les forces de progrès avec les communistes, les socialistes de gauche, les antifascistes, les progressistes autour du front AGT sur la base d’un programme progressiste et internationaliste pour résister efficacement à l’offensive de la droite et l’extrême-droite.

L’accent doit être mis sur l’action militante à l’approche d’un rendez-vous qu’il ne faut pas manquer, celui des élections municipales. L’heure du bilan viendra, ainsi qu’un congrès démocratique sur la base de principes éthiques irrévocables pour tout progressiste. Entre temps, les sections communales poursuivront en toute autonomie la bataille des idées contre la droite et pour la refondation du parti du travail.

 

Jean-Luc ARDITE

Président cantonal (jusqu’au prochain congrès)

Président de la section Vernier (depuis le 18.11.2010)

 

Johann BALLAMAN

Président AGT-section Meyrin

Membre du comité directeur



Esteban MUNOZ

Membre du comité directeur pour

la section Petit-Saconnex

18.12.2009

Mesures d’éloignement : le Tribunal fédéral désavoue la droite genevoise

affscalp_police.jpgA ce jour, plusieurs cantons alémaniques appliquent les mesures d’éloignement. Emboîtant leurs pas et sous l’influence du Parti libéral, le Grand Conseil genevois a modifié la loi sur la police en ce sens le 19 février 2009. La particularité du projet genevois consistait à associer des troubles de l’ordre public bien précis (trafic de drogue, mendicité) à la notion de rassemblement qui importune sérieusement des tiers ou empêche sans motif l’usage normal du domaine public (Art. 22A al. b.). La direction du Parti du Travail a non seulement analysé d’un point de vu critique ce nouveau dispositif mais a constaté avec inquiétude une dynamique de criminalisation des mouvements sociaux et syndicaux.

La gauche présente au Parlement s’était opposée à cette introduction dans la loi, sans succès. Suite à sa promulgation, le Parti du Travail a décidé de déposer un recours au Tribunal fédéral qui portait sur l’article cité ci-dessus dont l’interprétation laisse place à un jugement arbitraire ; et sur l’article (art. 22B) qui prévoit une notification verbale de la décision et qui rend notamment problématique la voie de recours. En définitive, la décision rendue publique le mercredi 16 décembre est satisfaisante puisque le recours a été accepté partiellement par l’annulation de la dernière partie de l’art. 22A al. b., la partie la plus litigieuse selon les recourants. Une telle décision est exceptionnelle et de forte signification car le pouvoir judiciaire intervient rarement dans le travail législatif.

Il s’agit d’une très bonne nouvelle pour la sauvegarde des droits des travailleurs, à célébrer sans réserve en cette fin d’année. Pourtant, les libéraux ont décidé de jouer les trouble-fête, comme à leur habitude direz-vous. Mais cette fois-ci, ils n’ont pas de quoi se pavaner. Comme dans une république bananière, ils ont revendiqué la victoire avec des arguments totalement fallacieux et des faits inexacts. A l’aise dans l’utilisation des méthodes de désinformation, le Parti libéral prétend en effet que le Tribunal fédéral a ratifié une loi libérale. Ou bien ce parti ignore totalement la séparation des pouvoirs et le fonctionnement de la Justice ou alors il diffuse sans vergogne une information démagogique, par ailleurs relayée par une partie des médias. Sur le fond de l’affaire, le TF a reconnu la recevabilité du recours car ses auteurs pouvaient vraisemblablement se voir appliquer les modifications légales en cause vu leur activité militante. Ce qui signifie que la disposition votée par le législateur et annulée par le Tribunal allait à l’encontre des droits les plus élémentaires dans une démocratie. Le cinglant désaveu, qui est finalement infligé à la droite, est-il si dur à porter qu’il provoque cette attitude arrogante et disgracieuse ? A titre indicatif pour ces mystificateurs de l’ignorance, le recours ne contestait pas la loi entière mais uniquement les deux articles susmentionnés. Par conséquent le Tribunal n’a pas discuté la question de la mendicité et du trafic de drogue. De plus, le TF n’a pas la compétence pour prononcer la ratification d’une loi.

Si victoire il faut revendiquer, elle revient clairement au Parti du Travail et à la gauche. Certes elle n’est pas définitive et complète, mais elle a le mérite de poser une limite juridique aux populistes qui ne portent pas assez attention à la sauvegarde des libertés personnelles. La réussite partielle de ce recours est un premier pas pour que le débat sur la sécurité ne se permette pas de dépasser le cadre légal, ne mette pas en danger les droits humains et sorte de la logique électoraliste et sécuritaire. C’est seulement en dépassionnant ce débat que les autorités pourront renforcer les libertés et restaurer la sécurité publique. Le Parti du Travail s’engage dans ce sens avec des propositions (lutte contre la délinquance et la criminalité, sécurité de l’emploi, assurances sociales) pour que la protection de la personne, dans toute sa globalité, soit défendue et respectée.

Esteban Munoz

05.10.2009

Sur la crise du capitalisme

1041587-1312272.jpgPour comprendre pourquoi surviennent des crises, nous devons partir d’une caractérisation du capitalisme actuel. Je propose donc à l’ensemble des forces anticapitalistes la caractérisation suivante : le capitalisme aujourd’hui, c’est la recherche du profit maximum. A partir de cette caractérisation, on constate deux tendances du capitalisme, qui lorsqu’elles sont réunies provoquent des crises.

Pour comprendre pourquoi surviennent des crises, nous devons partir d’une caractérisation du capitalisme actuel. Je propose donc à l’ensemble des forces anticapitalistes la caractérisation suivante : le capitalisme aujourd’hui, c’est la recherche du profit maximum. A partir de cette caractérisation, on constate deux tendances du capitalisme, qui lorsqu’elles sont réunies provoquent des crises.

La première tendance, c’est l’augmentation de la part des profits par rapport aux salaires, ce qui passe par des restructurations systématiques des entreprises, des licenciements, et finalement par une diminution du pouvoir d’achat.

La deuxième tendance, c’est l’augmentation des investissements dans le but d’éliminer les concurrents et parvenir à s’accaparer du marché.

Il y a d’une part, une diminution de la capacité du marché à acheter des produits, et d’autre part, une capacité de production des entreprises qui se multiplie. On se retrouve avec une crise et plus précisément une crise de surproduction.

Comment est-ce que le capitalisme tente de survivre à ce moment ?

Premièrement, les marchés déjà existants sont exploités encore plus que d’habitude. Donc restructurations, licenciements, baisse d’impôts, affaiblissement des assurances sociales.

Deuxièmement, les capitalistes cherchent à créer de nouveaux marchés. Lorsque le marché de l’immobilier aux USA était saturé parce que près de 70% des américains étaient déjà propriétaires de leur logement et que la couche la plus riche détenait déjà plusieurs maisons, il a fallu créer un marché des ménages non-solvables à travers les subprimes jusqu’à que la bulle éclate.

Troisièmement, la destruction des marchés à travers la guerre. La guerre en Irak a rapporté d’énormes profits à des entreprises de machines de construction. Ce troisième point me permet de passer à la deuxième partie de mon intervention.

Pourquoi la crise n’est pas encore résolue ?

Le capitalisme est en surproduction depuis les années septante. Depuis, la production mondiale a été dopée par l’endettement des ménages américains. La consommation des ménages américains représente 70% du PIB américain.

Le capitalisme est passé de bulle en bulle jusqu’à que la crise touche de plein fouet les Etats-Unis. En plus du capitalisme, ce qui est remis en cause aujourd’hui c’est un système de domination mondiale, l’impérialisme. Les sommets internationaux des grandes économies ont du s’ouvrir aux pays émergeants parce que c’est justement le système de domination mondiale qui est en danger.

L’hégémonie des Etats-Unis sera garantie si le dollar continue à être le pivot du système monétaire international. Et cela passe par en tout cas deux enjeux.

D’abord, la vente du pétrole doit se faire avec du dollar. L’apparition d’échanges de type pétrole contre médecin comme en Amérique latine et la décision de l’Iran de vendre son pétrole en euro doivent disparaître pour l’administration US. Rappelons que Saddam Hussein a commencé à vendre son pétrole en euro dès 2000 et que très rapidement après l’invasion de l’Irak le dollar a été rétabli.

Ensuite, les pays émergeants comme la Chine qui ont accumulé des réserves en dollar doivent selon Washington continuer à revenir aux USA en échange des bons du Trésor.

Cependant, les événements ne donnent pas de signes de solution dans ce sens. En Amérique latine, les pays de l’ALBA créent la Banque du Sud et réfléchissent à la création d’une nouvelle monnaie. La Russie, la Chine et l’Iran font des appels à la création d’une nouvelle monnaie internationale de réserve. Aussi la Chine hésite de plus en plus à investir dans les bons du Trésor même si elle aura beaucoup de mal à sortir de son modèle d’exportation des produits de consommation pour les USA.

Les mesures protectionnistes se multiplient. La dernière en date vient des Etats-Unis, c’est une taxe de 35% sur les pneus importés depuis la Chine. La guerre en Afghanistan se prolonge. Les menaces de guerre contre l’Iran s’amplifient.

La situation sociale aux Etats-Unis est catastrophique. Les travailleurs qui sont tombés au chômage en automne dernier ne vont plus toucher des indemnités à partir de cet automne. La dette des ménages américains et la dette publique ne risquent pas d’être résorbées avec l’épargne dont l’intérêt n’est pas suffisamment attrayant. Il faudrait que les ménages américains arrêtent de consommer pendant une année entière pour pouvoir payer leurs dettes.

Probablement, avant que le capitalisme ne soit dépassé, des blocs commerciaux à un niveau continental devront se former pour sortir du modèle économique impérialiste avec une augmentation du commerce Sud- Sud.

Pour conclure, les forces anticapitalistes doivent impérativement se mettre d’accord sur une analyse du capitalisme pour avancer vers une coalition politique avec un programme anti-crise autour duquel un mouvement social pourrait se mobiliser.

Notamment, la recherche du profit maximum refute l’idée d’une moralisation du capitalisme. Une limitation des profits et une augmentation des salaires dans le cadre du capitalisme ne nous mèneraient qu’à une prochaine crise. C’est pourquoi ces mesures sont insuffisantes.

L’économie, ce n’est pas une question de morale. Le capitalisme est dans une crise économique. Son dépassement dépend de la capacité des forces anticapitalistes à former une alternative concrète non sur des considérations morales mais à partir d'une critique surtout économique.

L’anticapitalisme au niveau international prend la forme de l’anti-impérialisme. Le capitalisme peut être affaibli si notre mouvement est capable de promouvoir la paix et ne pas tomber dans le piège de la paranoïa médiatique qui stigmatise non seulement le Venezuela et Cuba, mais aussi la Chine, la Russie et l’Iran.

Esteban Munoz
membre de la Commission politique du Parti du Travail

Source: Encre Rouge

28.06.2009

La voix des jeunes

cuba-opts-for-linux-to-guarantee-technological-independence-2008-11-11.jpgLes problèmes des jeunes générations sont depuis bien trop longtemps pointés du doigt pour stigmatiser la jeunesse et manipuler l’opinion publique. Les médias et les partis bourgeois et réformistes se focalisent sur des thèmes de société comme la délinquance, le suicide, l’alcool, la drogue ou sur des faits d’actualité comme les incivilités ou les mauvais résultats scolaires des élèves genevois. En règle générale, les autorités politiques et administratives ne s’attardent pas à analyser le système qui crée autant d’inégalités sociales et à dégager des solutions politiques courageuses. Par conséquent, chaque année de nombreux jeunes se retrouvent sur le carreau car il n’y a pas assez de places d’apprentissage, d’autres sont marginalisés à cause d’une mauvaise orientation scolaire et par la sélection pratiquée dans l’école genevoise.

Du rêve au cauchemar

Le dogme capitaliste devait donner une chance à chaque personne d’avoir un emploi, un logement et une bonne qualité de vie. Avant même la crise du système économique, cette vision idyllique du capitalisme ne s’est pas réalisée. D’ailleurs, le «rêve américain» est le point de départ de la crise actuelle puisque ce sont les subprimes qui l’ont provoqué. Les effets de cette crise vont se répercuter sur la jeunesse dans les prochains mois. Il convient de mettre en avant des solutions concrètes pour que la jeunesse révoltée ne soit pas désorientée et tentée par les approches fascistes.

Plus de places d’apprentissage

L’apprentissage est une alternative pour beaucoup d’élèves qui acquièrent plus facilement des connaissances à travers la pratique ou qui sont plutôt attirés par des métiers manuels. Néanmoins, ce sont les résultats scolaires qui déterminent ce chemin professionnel. La sélection précoce qui est pratiquée en Suisse rétrécit les chances des élèves dont la situation sociale ou familiale est difficile et compromet l’avenir des jeunes. Il est toutefois primordial d’assurer des places d’apprentissages suffisantes, soit en augmentant les incitations financières pour les PME, soit en créant des entreprises publiques dans la plupart des secteurs et métiers. Bien entendu, sortir le système d’apprentissage du marché de l’emploi est inévitable pour assurer à tous les élèves qui le souhaitent de poursuivre cette voie.

Scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans

Une des façons d’élargir la période de réflexion d’une jeunesse désorientée et fascinée par la société de consommation, c’est de rendre la scolarité obligatoire jusqu’à la majorité civile. En effet, comme dit auparavant, le marché de l’emploi profite d’une main d’oeuvre mineure et dépourvue de moyens de défense. Le rôle de l’école, tel que l’entendent les progressistes, est de transmettre aux élèves, futurs citoyens, un esprit critique et indépendant pour surmonter les obstacles de la vie. Un adolescent de 15 ans qui rentre dans le monde du travail, c’est trois ans d’aliénation de trop.

Espaces publics pour les jeunes

La fermeture des squats et des lieux de la culture alternative a limité l’espace de vie sociale des étudiants, des apprentis et des jeunes travailleurs. Des espaces d’expression hors du champ commercial doivent se créer pour évacuer le stress lié aux études et au travail. Les partis de droite ne sont pas sensibles à ce genre de propositions, ils préfèrent renforcer les dispositifs de répression. Les jeunes ont le droit et le devoir d’investir l’espace public.

Changement de société

Au-delà des propositions développées dans cet article, la jeunesse doit saisir l’occasion de cette crise pour remettre en cause le système économique qui a généré autant d’inégalités et d’absurdités. Elle doit refuser d’être instrumentalisée par les milieux économiques qui prônent le moins d’impôt, le moins d’assurances sociales, etc… Mais les jeunes d’aujourd’hui seront les personnes âgées de demain et auront aussi besoin de rentes AVS. Luttons pour un revenu digne pour les étudiants et les apprentis, pour la création de premiers emplois pour les jeunes avec une perspective de dépassement du capitalisme.

Esteban Munoz

29.03.2009

Prise de parole lors de la manifestation contre le G20

DSC02092.JPG L'hégémonie des Etats-Unis est remise en cause par le monde entier. La guerre en Afghanistan et en Irak, l’organisation de coups d’Etat déguisés en révolutions colorées, l’utilisation légale de la torture ont durablement terni l’image de l’impérialisme étasunien. Les peuples n’ont pas été écoutés, malgré de nombreuses manifestations et d’oppositions, alors que nous étions des millions à travers le monde à nous opposer à la guerre, aux privatisations, à la destruction du service public, à la politique du FMI et de la Banque Mondiale.

La crise économique nous démontre que les rapports de production actuels, l’exploitation capitaliste et la soi-disant liberté de commerce ne sont pas en mesure de remplir les besoins sociaux et vitaux de l’ensemble de l’Humanité. Un enfant meurt toutes les cinq secondes quelque part dans le monde, il y aura 50 millions de chômeurs supplémentaires en 2009, les gouvernements et les parlements poursuivent le démantèlement du service public et des assurances sociales. Aucun effet d’annonce ne pourra résoudre la crise. Les peuples sont les seuls à pouvoir agir pour dépasser le capitalisme et ainsi libérer l’énorme potentiel économique, social et culturel de l’Humanité.

Alors que les contradictions du capitalisme nous sautent à la figure jour après jour, les peuples n’ont rien à attendre du G20. Un énième plan de relance, de surcroît payé par les travailleurs, ne pourra être accepté. Aujourd’hui, face au calamiteux état de la finance mondiale, les dirigeants de la planète sont les seuls responsables. C’est pour cela que les actionnaires, les banquiers et les capitalistes attendent avec impatience les conclusions du G20 pour redorer leurs blasons. Nous devons nous préparer dès maintenant à riposter aux conclusions de ce Sommet. Qu’ils décident de s’attaquer aux paradis fiscaux, aux bonus ou aux parachutes dorés, ça ne va rien changer pour nous.

Ailleurs dans le monde, les peuples tissent des alternatives. En Amérique latine par exemple, des gouvernements progressistes et socialistes se regroupent et ont l’intention de créer une monnaie régionale d’intégration, le Sucre, et la banque du Sud pour se prémunir de la crise et pour ne plus avoir à faire avec les bandits du FMI et de la Banque mondiale. Près de la région, des peuples se réveillent comme la Guadeloupe et la Martinique, mettent en échec les tentatives du gouvernement français et obtiennent leurs revendications. Le mouvement social de la France métropolitaine s’en inspire et atteint des mobilisations record.

En Suisse aussi des batailles sont à mener. La droite continue à attaquer les assurances sociales. La baisse des rentes du 2ème pilier passera en votation populaire car le référendum est en voie d’aboutissement grâce aux efforts combinés du Parti Suisse du Travail, l’AVIVO et UNIA entre autres. Mais il n’y a pas que les luttes institutionnelles. Le regroupement des forces anticapitalistes est indispensable pour organiser la mobilisation et l’unité populaire. Pour riposter aux licenciements abusifs, aux prochains licenciements de masse, à la criminalisation de la contestation, au démantèlement du service public, construisons ensemble un front de lutte avec les syndicats, les associations et les partis anticapitalistes.

Esteban Munoz

15.02.2009

Ueli Maurer ou l’arbre qui cache la fôret

conseil_federal-09.jpgLes partis socialistes et bourgeois ont présenté, à juste titre, l’élection de Ueli Maurer au Conseil fédéral comme un événement majeur dans le panorama politique suisse. Plaçant le style politique au premier plan, ces partis ont cependant masqué le véritable danger que constitue la présence de l’UDC au gouvernement.

Avant son élection, la principale question qui lui a été posée consistait à savoir s’il défendrait la politique du Conseil fédéral. Centrer le débat sur l’affiche des moutons noirs ou tenter de le piéger concernant la collégialité ne se sont pas avérés être des tactiques efficaces. Cela a plutôt redonné la possibilité à l’ancien président de l’UDC de s’expliquer et de réitérer son respect de la collégialité, ce qui l’a rendu paradoxalement assez sympathique.

Petit retour en arrière

En conquérant un second siège UDC au Conseil fédéral, Christophe Blocher a réussi à faire pencher le gouvernement encore plus à droite. Notamment, le durcissement des lois sur les étrangers et l’asile votés en septembre 2006 a passé la rampe: entre autres, privation de l’aide sociale pour les requérants d’asile déboutés, perquisition dans un logement privé sans mandat, restriction du droit au regroupement familial, suppression du droit à un permis C après 10 ans de séjour, durcissement des mesures de contraintes. Et ces modifications ont recueilli le soutien du gouvernement, de l’UDC, du parti radical (PRD) et même du parti démocrate-chrétien (PDC).

A la même période, des personnalités et des citoyens de droite comme de gauche ont exprimé leur ras-le-bol contre la «blocherisation de la Suisse». Banquets, manifestations, pétitions et finalement la nuit des longs couteaux à Berne ont eu la peau de Christophe Blocher, au profit de la Grisonne Eveline Widmer-Schlumpf.

Celle-ci a en revanche reçu un large soutien. Une pétition de soutien a recueilli près de 126’000 signatures. Elle est devenue la Suissesse et la politicienne de l’année 2009. Le jour même de son élection, la présidente des Verts Ruth Genner était très satisfaite d’avoir au gouvernement «une femme UDC qui pratique une politique tout en nuances».

Pourtant, un nouveau durcissement de la loi sur l’asile a été annoncée par la cheffe du département fédéral de justice et police. Elle reste, malgré son style convenable, dans la continuité politique de son prédécesseur.

La formule magique va éjecter le PS

Non seulement le gouvernement est plus à droite, non seulement sa politique droitière est légitimée, mais le parti socialiste risque de perdre un de ses sièges. Au lendemain de l’élection de Ueli Maurer, le président de l’UDC Toni Brunner annonçait déjà la couleur: si un des deux ministres socialistes se retire au cours de la législature, une candidature pour un deuxième siège UDC sera «plus qu’une option».

Alors que Moritz Leuenberger (PS) semblait être le prochain conseiller fédéral à se retirer, il annonce dernièrement qu’il restera en fonction jusqu’en 2011. Serait-ce le seul moyen pour le PS de garder un deuxième siège au gouvernement? Car aujourd’hui, l’UDC ne peut plus prétendre prendre le siège de la très populaire EvelineWidmer-Schlumpf, ni au PDC qui n’a qu’un seul siège, ni à son plus proche allié le PRD.

En axant le débat politique sur le style plutôt que sur le fond, le PS contourne une question très importante: sa participation même à un gouvernement avec l’extrême-droite. Outre ses sièges, ce grand parti qui représente des valeurs progressistes risque par son attitude de dépouiller le peuple d’une analyse critique.

Esteban Munoz

01.02.2009

La liberté d'expression prise en otage par le Conseil d'Etat

manif_anti-wef_1.JPGLa presse, la police et la droite sont unanimes. Le rassemblement anti-WEF qui s’est tenu à Genève est un succès. La satisfaction générale remplace le climat de psychose engendré par l’UDC et le MCG, la Fédération des commerçants et le gouvernement. Mais qu’en est-il du bilan politique ? Les communistes ont tout de suite demandé la démission de M. Moutinot. Mais le Conseil d’Etat n’a-t-il pas déjà démissionné ? Les propositions socialistes et écologistes ont eu de la peine à trancher avec celles de la droite durant cette législature. Elles ont laissé leurs places à des effets d’annonce qui ne résolvent pas les problèmes de la population. D’ailleurs qui remplacerait M. Moutinot ? En tout cas, il a fallu attendre longtemps avant qu’une des candidates du PS au Conseil d’Etat ne se distancie de l’interdiction. La droite peut s’en féliciter, elle peut soutenir le PS qui a repris à son compte et avec cœur le dossier sécurité.

Jusqu’au bout, la minorité de droite du gouvernement a bien exploité les faiblesses de la gauche pour diviser le mouvement de contestation au capitalisme. Les explications publiques du mouvement solidaritéS sur les « lacunes » de la coordination anti-WEF et la diffusion tardive de l’appel syndical à la manifestation étaient du pain béni pour le Conseil d’Etat. Ce dernier a craint beaucoup plus l’unité grandissante des organisations anticapitalistes que la libre expression d’un millier de manifestants. Le Parti socialiste est finalement le grand perdant dans cette affaire. A vouloir étendre son électorat à droite, elle a perdu de la légitimité pour ceux qui font de la liberté d’expression une priorité absolue et non négociable. Le PS n’a même pas pu rebondir car les débordements prévus par les rapports de police n’ont finalement et heureusement pas eu lieu.

L’unité a payé

Malgré toutes les pressions, les organisateurs de la manifestation ont maintenu leur appel faisant preuve de cohérence. Et ils ont eu raison. Ce rassemblement unitaire a confirmé que l’alliance est possible entre des mouvements aussi divers que les autonomes, le revolutionärer Aufbau, le Parti du Travail, Attac ou les syndicats autour d’un mot d’ordre pacifique, maintes fois répété. Le mouvement dans son ensemble, particulièrement le bloc révolutionnaire, gagne en crédibilité. Reste à affiner la direction concrète sur le lieu de la manifestation. En dépit des réserves exprimées à la coordination anti-WEF, Pierre Vanek a forcé pour intervenir au meeting sans se soucier de la tension supplémentaire qui s’exprimerait au sein de la manifestation. A la fin des discours, les mots d’ordre contradictoires - dissolution, sitting, défilé - ont complètement déboussolé les manifestants, rendant toute stratégie inapplicable. Le PdT indique sur un communiqué qu’à l’avenir, il sera amené à mobiliser la population genevoise sur les problèmes qu’elle rencontre jour après jour. Au vu des violences exercées par la police contre une mère de famille et son enfant, le Parti demande que le port du matricule soit obligatoire et bien visible. Il exprime aussi son refus quant à la présence des membres du Conseil d’Etat à la manifestation du premier mai et à la commémoration du 9 novembre.

Cette année, sur fond de crise, les organisations de gauche ont une grande responsabilité pour protéger les travailleurs et les retraités, proposer des perspectives à la jeunesse et orienter le mouvement social vers une société dépassant le capitalisme. Jean-Luc Ardite, président du PdT, a prévenu dans son discours du 31 janvier que « la barbarie sera évitée si les organisations politiques, syndicales et sociales font preuve de la plus grande unité face à la crise ». Alors que les dirigeants du monde pataugent et n’apportent aucune solution « à la plus importante crise économique mondiale depuis la Seconde Guerre », les travailleurs doivent faire pression sur la classe politique et le patronat pour éviter de payer la facture. Pour Jean Ziegler, « la seule réponse est la nationalisation de l’UBS ». Tous partants, des socialistes de gauche au revolutionärer Aufbau, pour une manifestation reprenant cette dernière proposition ?

Esteban Munoz

15.12.2008

Le sommet du G20: changements à l’horizon?

 

ABN_sidor.jpgLe monde entier commence à réfléchir à des alternatives pour sortir de la crise économique et financière. Les pays industrialisés se sont réunis avec les pays dits émergeants à Washington. Le G20 a déclaré sa volonté de «soutenir l’économie mondiale et stabiliser les marchés financiers». Selon la déclaration finale du G20, les causes de cette crise sont dues aux «insuffisances en matière de régulation (qui) ont mené à des excès». Le communiqué poursuit : «les acteurs des marchés ont cherché à obtenir des rendements plus élevés sans évaluer les risques de façon adéquate et sans faire preuve de la vigilance requise [...] les établissements financiers n’ont souvent pas mis en oeuvre des pratiques saines en matière de gestion des risques».

Le sommet du G20 ne va pas révolutionner le système économique. Car la poursuite des travaux du G20 sera guidée «par la conviction commune que les principes du marché, des économies ouvertes et des marchés financiers correctement réglementés favorisent le dynamisme, l’innovation et l’esprit d’entreprise qui sont indispensables à la croissance économique, à l’emploi et à la réduction de la pauvreté.» Il s’agit là d’une doctrine économique bien connue. Visiblement il n’y a pas de changements à l’horizon.

De leur côté, plusieurs pays en voie de développement (membres du G20 comme l’Argentine et la Chine ou non membre du G20 comme le Venezuela) ont pris des mesures pour protéger la population des effets de la crise. L’Argentine vient de voter la nationalisation des caisses de pension des retraités. La présidente de l’Argentine, Cristina Kirchner a déclaré au sujet de cette réforme: «Les principaux Etats du G8 sont en train d’adopter une politique de protection des banques et dans notre cas nous sommes en train de protéger les travailleurs et les retraités.»

L’Etat vénézuélien a depuis quelques années financé avec les bénéfices du pétrole plusieurs programmes sociaux pour alphabétiser, alimenter, soigner et éduquer tous les Vénézuéliens. Pour poursuivre ces engagements, l’Etat du Venezuela a annoncé la nationalisation de la banque Santander juste avant l’éclatement de la crise. La nationalisation est une mesure «à la mode» depuis que les Etats-Unis sont intervenus pour sauver des instituts financiers. Il se trouve que le gouvernement d’Hugo Chavez a indiqué vouloir «récupérer la Banque du Venezuela (filiale de Santander) pour le mettre au service des vénézuéliens, de toute l’économie vénézuélienne». La nationalisation est ici une mesure cohérente et motivée, plutôt qu’une mesure transitoire et désespérée.

La Chine est en mesure d’affronter les effets sociaux de la crise car depuis une vingtaine d’année elle a contribué à sortir des millions de personnes de la pauvreté et elle entend poursuivre sa politique de développement économique et de redistribution des richesses. Le gouvernement chinois vient d’annoncer un plan d’investissements visant à augmenter le pouvoir d’achat. Le Quotidien du peuple indique que «le plus important c'est d'améliorer et de perfectionner le système de la protection sociale» et qu’«accroître le revenu, surtout élever le niveau de revenu des citadins à bas et moyen revenu et des paysans est une tâche urgente qui constitue la base fondamentale de l'incitation à la consommation».

Contrairement à la Chine, l’Argentine et le Venezuela, les pays développés annonçant des plans de relance ne font pas état d’une volonté d’augmenter le pouvoir d’achat et plus particulièrement d’augmenter les revenus. Car malgré les beaux discours de nos dirigeants, la réduction du budget public, les «réformes» des assurances sociales, la régression des conditions de travail sont des plans qui vont se poursuivre.

Après ce petit tour du monde, nous pouvons distinguer deux types de politiques affrontant la crise économique à venir: la politique qui va maintenir à tout prix le capitalisme au mépris d’une réflexion rationnelle et des millions de victimes qu’elle engendre par le monde; et la politique qui dans sa diversité et depuis de nombreuses années essaie de réaliser une société plus juste. Le dépassement du capitalisme commence dans le tiers-monde avec des gouvernements qui affrontent la «logique du capitalisme». C’est un début, mais les peuples doivent aller plus loin pour se libérer d’une fois pour toute de l’exploitation, de la domination, des guerres, de la faim et de la misère.

Esteban Munoz

1